
Joseph Inguimberty (1896-1971), Réunion sous les arbres, huile sur toile, vers 1930, 110 x 140 cm.
Estimation : 80 000/100 000 €
INGUIMBERTY
DANS LE DELTA TONKINOIS
Professeur à l’École des beaux-arts d’Hanoï, celui qui emmène ses élèves sur le motif y trouve des sujets pour ses propres créations. Sur ce chemin créatif, il sera suivi par Évariste Jonchère.
Croiser une œuvre de la période vietnamienne de Joseph Inguimberty est toujours intéressant car, outre ses qualités picturales, l’on comprend que celui qui a joué un rôle central dans le développement de l’art moderne vietnamien – en tant que professeur de peinture à l’École des beaux-arts d’Hanoï à partir de 1925 et pendant plus de vingt ans – s’est également nourri des traditions asiatiques pour alimenter sa propre production. De fait, ses tableaux, à l’instar de cette Réunion sous les arbres exécutée vers 1930, sont peints sur toile à l’aide de grands aplats de couleurs et avec une palette dominée par les nuances de verts, d’ocre et de blanc – technique occidentale –, mais présentent des thèmes inspirés de la vie quotidienne et des traditions locales, posés dans des paysages indigènes – ici les mares du delta tonkinois. Inguimberty n’a jamais dérogé à la règle qu’il s’était fixée de toujours peindre sur le motif. Et, avec constance, il l’a transmise à ses jeunes élèves.
Ils seront plusieurs à la suivre, ainsi qu’à se détacher de la suprématie de la ligne prônée par Victor Tardieu et à s’en libérer pour une touche plus instinctive osant les couleurs. C’est le cas de Tran Van Can (1910-1994) notamment. Lors de cette vacation, Inguimberty sera aux côtés d’un autre grand nom français de cette école émérite : Évariste Jonchère (1892-1956). Le sculpteur, empreint de classicisme, y arrive en 1938 pour en assurer la direction après le décès de Victor Tardieu, et y poursuivre le développement des arts populaires telle la laque. Lui aussi va trouver en Indochine les sujets de ses œuvres et recourir au syncrétisme. Il en est ainsi du Torse de jeune femme vietnamienne ou Torse de femme annamite réalisé en 1944, dans lequel on retrouve une sinuosité librement adaptée du modèle antique et sous les traits d’une jeune vietnamienne. 30 000 à 50 000 € seront demandés d’un exemplaire en bronze. En septembre 2023, sous le marteau de la même maison de ventes, la pierre composite de ce modèle (daté 1947) s’était envolée à 154 700 €, établissant alors un record mondial.
MARDI 8 SEPTEMBRE. 9, CITÉ DE TRÉVISE. LYNDA TROUVÉ OVV.
LA GAZETTE DROUOT N° 29 DU 24 JUILLET 2026






